Sylvain Duthu : son groupe de musique est devenu son métier


Publié le 7{th} novembre 2014 dans "" | Rédigé par Baptiste Cordier

Photo Cédric Eyma
Photo Cédric Eyma

Sylvain Duthu en concert avec Boulevards des Airs au festival Soirs d’été en août 2013.

Pendant ses études, son groupe de musique était déjà sa passion. À peine diplômé de Sciences Po Toulouse en 2011, Sylvain Duthu en a fait son métier. Après deux albums et autant de tournées, rencontre avec le chanteur de Boulevard des Airs.

Le concert anniversaire affiche complet depuis plusieurs semaines. À la fin du mois du novembre, Boulevard des Airs fêtera ses dix ans à Tarbes dans les Hautes-Pyrénées. Là où Sylvain Duthu et trois amis ont fondé le groupe en 2004, alors qu’ils étaient au lycée. En une décennie, la bande d’adolescents s’est élargie pour devenir une troupe professionnelle, avec neuf artistes et des milliers de fans en France et à l’étranger.

Parcours
• Février 1988 : Naissance à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées)
• 2006-2011 : Études à Sciences Po Toulouse
• Octobre 2011 : Sortie du premier album Paris-Buenos Aires
• Mai 2013 : Sortie du deuxième album Les Appareuses Trompences
• 29 novembre 2014 : Concert anniversaire à Tarbes (Hautes-Pyrénées)

« Et entre temps, j’ai décroché le diplôme de Sciences Po Toulouse, précise Sylvain Duthu. Quand j’étais au lycée à Tarbes, je m’imaginais plutôt instituteur, mais en terminale, ma professeur d’économie de l’époque m’a déconseillé ce métier. Elle m’a incité à entrer dans un IEP en attendant de savoir quel métier m’intéressait. » Recalé au concours de Toulouse, le seul qu’il a passé, il fait deux semaines en prépa littéraire, avant d’être admis finalement sur dossier à l’IEP grâce à une mention très bien au bac. Pendant ses cinq années à Sciences Po, Boulevard des Airs est une passion qui prend de plus en plus de temps… « Au départ, nous avions des répétitions tous les dimanches et un concert tous les deux mois. Pendant mon année de mobilité, après un semestre en fac en Suède, je devais partir aux Fidji pour travailler à l’Alliance française de Suva. J’ai tout annulé car le groupe commençait à travailler avec un compère de Manu Chao. Puis les professeurs ont été très compréhensifs quand je devais m’absenter. En cinquième année, mon mémoire de fin d’étude a porté sur le groupe : j’ai mené une enquête en « observation participante » où j’étais à la fois l’un des acteurs et un étudiant en sociologie de la musique. »

Un premier album disque d’or

2011 sera l’année de son diplôme à Sciences Po et surtout l’année du décollage du groupe. Tout s’enchaîne : un titre est diffusé dans les médias, un contrat est signé dans une maison de disque, un premier album sort au mois d’octobre. Le groupe enchaîne une centaine de concerts, l’album Paris-Buenos Aires devient disque d’or (50 000 ventes) à l’automne 2012, le deuxième Les Appareuses Trompences sort en mai 2013 avant une nouvelle tournée. En trois ans, Boulevards des Airs se constitue une cohorte de fans baptisés « Les désertistes ». Sa musique reste éclectique : un patchwork entre des balades, des rythmes reggae, du rock cuivré, le tout teinté d’influence latine. Les textes, en français mais aussi en espagnol, sont écrits principalement par Sylvain Duthu qui est aussi le chanteur du groupe.

La musique fait vivre le groupe
Les neuf membres du groupe Boulevards des Airs vivent entièrement de la musique. « Malgré la crise du disque, il y a de la place dans le secteur de la musique : ça nous a demandé du temps pour percer, mais on peut aujourd’hui compter sur un public assez fidèle. » Plus que les ventes d’albums et les droits d’auteurs à chaque diffusion d’une chanson à la radio ou la télévision, ce sont les concerts qui apportent l’essentiel des revenus. « En tant qu’intermittents du spectacle, nous sommes directement payés par notre tourneur et Pôle Emploi complète si besoin, et nous sommes indemnisés le reste du temps afin de préparer l’album et la tournée suivants. Pas de quoi faire fortune, mais de quoi vivre correctement de notre passion. ».

Un troisième album est prévu pour le mois de juin 2015, avec une nouvelle tournée d’au moins un an, en partie à l’étranger. Le jour où la musique devra s’arrêter pour lui, Sylvain Duthu se voit bien travailler dans un musée ou une galerie d’art. « Sciences Po m’a permis de m’ouvrir à plein d’horizons différents. Les cours étaient parfois ultra-spécialisés (sociologie de la danse, de la musique, du sport, littérature et politique, urbanisme, psychologie, histoire de l’art, etc.) mais chacun m’a apporté quelque chose d’irréversible : c’est comme si j’avais maintenant une large collection de lunettes différentes et complémentaires pour voir le monde. »

À Sciences Po, il s’est aussi fait des amis avec qui il est resté en contact. « J’étais en colocation avec deux d’entre eux quand j’ai écrit, sur notre balcon à Compans-Caffarelli, Paris Corbeil, un titre que j’aime toujours autant chanter. Aujourd’hui ce qui est agréable alors que j’ai la tête dans le guidon entre les tournées, l’écriture et la composition, c’est qu’ils me parlent assez peu du groupe quand on se revoit. » Avec son passage à Sciences Po, il est aussi tombé amoureux de Toulouse, où il habite toujours. « C’est une ville dont je ne me lasse pas… Je la trouve belle, douce, agréable, ni trop grande, ni trop petite. »

Le groupe Boulevards des Airs, lui, a conservé ses attaches à Tarbes. Il vient de monter un local et un studio. « Nous avons tout réalisé nous-mêmes et avec des amis proches, des compositions aux clips en passant par les enregistrements, en apprenant sur le tas. Mais ce studio, nous voulons le prêter à de petits groupes locaux qui ne demandent qu’à grandir. » Comme celui de quatre lycéens de Tarbes il y a tout juste une décennie.

 

Clip de « J’m’excuse pas », extrait du deuxième album de Boulevard des airs

D’autres vidéos sont disponibles sur le site de Boulevard des airs.

Conception & réalisation : Cereal Concept