Jacques Godfrain : l’ancien ministre répond encore à l’appel du général de Gaulle


Publié le 2{nd} juillet 2014 dans "" | Rédigé par Baptiste Cordier

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Élu de l’Aveyron pendant trente ans, Jacques Godfrain préside désormais la fondation Charles-de-Gaulle.

Jacques Godfrain, ancien député-maire de Millau (Aveyron) et ancien ministre, est entré en politique pour soutenir le général de Gaulle. À la fondation Charles-de-Gaulle, il a désormais pour mission de transmettre la mémoire de l’homme du 18 juin.

Sur l’agenda de Jacques Godfrain, la journée du 18 juin était cette année encore bien remplie. Depuis trois ans, ce diplômé de Sciences Po Toulouse (promo 1965) préside la fondation Charles-de-Gaulle. Pas question donc de louper les commémorations de l’appel du 18 juin 1940. D’abord une cérémonie à Lille dans la maison natale du chef de la France libre et fondateur de la Ve République. Puis une autre, au Mémorial de la France combattante du Mont-Valérien, près de Paris. Jacques Godfrain y a croisé le président de la République, François Hollande. Il y a quelques jours, c’est à l’Élysée qu’il représentait la fondation au diner en l’honneur de la reine Elizabeth II en marge du 70e anniversaire du débarquement. « L’agneau qui a été servi ne venait pas de l’Aveyron, fait mine de s’indigner l’ancien maire de Millau. Mais il y avait du Roquefort pour le fromage ! » Un peu plus tôt cette année, au mois de mars, c’est le président chinois, Xi Jinping, qu’il accueillait dans le bureau historique du général, rue de Solférino à Paris.

Parcours
• Juin 1943 : Naissance à Toulouse
• 1962-1965 : Études à Sciences Po Toulouse, suivi d’un DES d’économie à Paris
• 1978 : Élu député de l’Aveyron pour la première fois
• 1995-1997 : Ministre de la coopération
• Janvier 2011 : Président de la fondation Charles-de-Gaulle

Quarante-quatre ans après la mort du général Charles de Gaulle, « son message est toujours d’actualité » assure Jacques Godfrain. Gaulliste convaincu et passionné, jusqu’à la coque de son smartphone ! Un modèle avec une croix de Lorraine, emblème des gaullistes, qu’il a acheté à la boutique du mémorial de Colombey-les-Deux-Églises. « Ma carrière politique a débuté avec son retour en 1958, se souvient-il. J’avais à peine 15 ans, j’étais déjà convaincu que lui seul pouvait sauver notre pays. Au lycée Pierre-de-Fermat, à Toulouse, j’ai écrit “Vive de Gaulle ! Vive la France” sur les tableaux dans toutes les salles de classe. »

Après son bac, le jeune militant de l’UNR, le parti gaulliste, entre à Sciences Po Toulouse en 1962 et étudie en parallèle l’économie. Il développe sa propre spécialité : les prévisions du trafic aérien à 15 ans. Repéré par la Snecma, un fabricant de moteurs, il anticipe ainsi le besoin d’avions gros porteurs pour les vols moyen-courriers. « Notre modèle a vu juste. La SNCF l’a ensuite utilisé au début des années 1980 pour prévoir le trafic du TGV Paris-Lyon. » Intéressée par son expérience, la compagnie aérienne UTA le contacte pour créer des lignes aux quatre coins du monde.

« La politique est un monde dur »

Mais en 1973, la politique le rattrape. « De retour de Saïgon (actuel Viêt Nam), j’apprends que l’Élysée cherche à me joindre, raconte Jacques Godfrain. Et c’est le président Pompidou en personne qui me convoque ! Il me demande de travailler dans son cabinet. » Cette expérience « unique » à l’Élysée va durer quelques mois mais le président décède en avril 1974. « Le lendemain, il ne se passait plus rien, se souvient Jacques Godfrain. Le téléphone ne sonnait plus. Je n’ai jamais oublié à quelle vitesse ceux qui se prétendent vos amis quand vous êtes proche du pouvoir peuvent s’éloigner… La politique est un monde dur, qui s’est encore durci ces dernières années. »

« De Gaulle appartient à tout le monde »
Pour Jacques Godfrain, l’Histoire a déjà tranché : « des personnalités de la trempe du général de Gaulle, il n’y en a que quelques unes par siècle. D’un pays vaincu en 1940, il a fait un pays vainqueur en 1944. » Pour lui, le fondateur de la Ve République incarne d’abord un comportement, capable de rassembler un pays au-delà des clivages traditionnels et éloigné de toute carrière. « En revenant au pouvoir en 1958, de Gaulle a pris ses responsabilités, rééquilibrer les comptes de l’État sans réduire les ambitions de la France : nous vivons encore aujourd’hui sur des projets qu’il a lancés dans les années 1960. »

En 1978, il est élu député de l’Aveyron. La région de sa mère devient son fief électoral : il est réélu en 1981, 1986, 1988, 1993, 1997 et 2002. Soit un bon quart de siècle au Palais Bourbon. Interrompu entre 1995 et 1997 quand ce proche de Jacques Chirac est ministre en charge de la coopération. « Dès ma nomination, j’ai inscrit la mention “Ancien ministre” sur ma carte de visite, se rappelle Jacques Godfrain. Je voulais toujours garder en tête que tout ce que je vivais au gouvernement n’était que provisoire. On n’est jamais malheureux si on est capable à tout moment de tourner la page, de passer à autre chose. » Enfin, de 1995 à 2008, il est maire de Millau, la grande ville du sud de l’Aveyron. « Ce dont je suis le plus fier, ce sont les projets décriés au départ mais qui font désormais l’unanimité : le théâtre de 500 places et bien sûr le viaduc, qui faisait peur à tout le monde mais qui est devenu un symbole de la ville. »

Difficile d’arrêter Jacques Godfrain quand il évoque sa carrière politique. Des trois années qu’il a passées à Sciences Po Toulouse au début des années 1960, il raconte aussi mille anecdotes. Il se souvient notamment de virées régulières au café du Pérou : le bar qui s’appelle désormais le Papagayo était déjà l’un des QG des étudiants. Il est tout aussi intarissable quand il parle du ballon ovale. Le rugby, un sport qui le passionne, sa cravate aux couleurs de la Coupe du monde de 1987 en témoigne. Un sport qu’il a aussi pratiqué, y compris avec ses collègues députés. « Toujours au poste de numéro 5, le 2e ligne à gauche », précise-t-il en se rappelant avec fierté avoir réussi à battre les parlementaires anglais lors d’un match amical.

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