Hanna Bréchignac : elle veut créer une autre mode


Publié le 28 mai 2015 dans "" | Rédigé par Baptiste Cordier

Photo Sandie Magnoac
Photo Sandie Magnoac

Hanna Bréchignac ajuste la robe à plis qu’elle a dessiné pour Midi à ta porte.

Hanna Bréchignac était consultante en ressources humaines, la voilà désormais styliste. Après un CAP de couture, cette diplômée de Sciences Po Toulouse a créé sa propre entreprise et milite pour une consommation des vêtements plus responsable.

Passionnée par la mode depuis toujours, Hanna Bréchignac aurait pu s’inscrire dans une école de stylisme après son baccalauréat. « Mais j’ai d’abord fait le choix de la raison, sourit-elle. J’ai tenté les concours de plusieurs grandes écoles, dont Sciences Po Toulouse ». Diplômée de l’IEP en 2009, elle travaille pendant un an et demi en région parisienne, en stage de fin d’études à l’Agence française pour les investissements internationaux, qui aide les entreprises étrangères à investir dans l’hexagone puis comme chargée d’audit en responsabilité sociale des entreprises chez l’agence Vigéo. « Dès que j’ai pu, je suis revenue en Haute-Garonne : la vie toulousaine me correspond davantage que la vie parisienne », raconte celle qui a vécu aux Pays-Bas jusqu’à l’âge de sept ans avant de grandir à Manosque dans les Alpes-de-Haute-Provence. De retour dans la ville rose, Hanna Bréchignac intègre le cabinet Merlane, où elle sera pendant près de cinq ans consultante en ressources humaines.

Parcours
• Février 1987 : Naissance à Pertuis (Vaucluse)
• 2004-2009: Études à Sciences Po Toulouse
• 2009-2010 : Chargée d’audit en responsabilité sociale des entreprises chez Vigéo
• 2010-2015 : Consultante en ressources humaines chez Merlane
• Mai 2015 : Premières livraisons de Midi à ta porte

Mais elle n’oublie pas la mode… et son envie de créer sa propre entreprise. Midi à ta porte vient de livrer ses premières tenues. Robe, jupe, chemisier, marinière et veste : Hanna Bréchignac a dessiné une dizaine de vêtements pour femmes. « Leur trait commun, c’est qu’ils sont indémodables, multi-usages, basiques et durables, détaille-t-elle. J’ai voulu proposer une autre approche de la mode, plus respectueuse de l’environnement, de la santé et de l’économie locale : pas question d’utiliser des tissus dont je ne connaîtrais pas la provenance par exemple. » Les intermédiaires sont supprimés : pas de boutique permanente*, les vêtements sont présentés lors de ventes privées. « C’est une alternative intéressante pour rapprocher les créateurs et les clients. Je me sens un peu comme la couturière du village : mes clientes savent à qui elles achètent leurs vêtements et je peux ajuster ou personnaliser les modèles selon leurs retours. » Il faut patienter au moins deux mois entre la commande et la réception des vêtements. « Cela prend du temps de fabriquer un vêtement de qualité, se justifie Hanna Bréchignac. Et le concept est justement le contraire de la mode jetable et des achats d’impulsion. »

Une deuxième collection début 2006

Il lui aura fallu trois ans pour concrétiser son projet. Elle a d’abord réalisé une étude de marché en parallèle de son travail. « Je ne voulais pas être la énième créatrice de vêtements mais respecter les valeurs auxquels je tiens. » Un engagement pour le développement durable qui avait déjà guidé son année de mobilité à Sciences Po avec un stage au sein de l’ONG Care à Montréal au Canada puis au sein d’Oxfam à Sydney en Australie. Le projet s’accélère il y a un an : elle demande un congé individuel de formation, qui permet à tout salarié de s’absenter de son entreprise. Entre mars et juin 2014, elle passe son CAP de couture. Dans la foulée, elle dessine les premiers modèles, lance une levée de fonds et récolte 5 000 euros pour fabriquer des prototypes à essayer au cours des ventes privées. Les premières ventes ont été réalisées au début de l’année avant le démarrage de la fabrication. « Aujourd’hui, le défi est de tenir parfaitement les délais et de développer un réseau d’hôtes pour les ventes privées », précise Hanna Bréchignac.

Des vêtements fabriqués à Manosque

Les vêtements de la première collection de Midi à ta porte sont vendus entre 70 et 160 euros. « Ce n’est pas très cher par rapport à d’autres créateurs, mais le prix n’est de toute façon pas un argument pour les acheteurs : c’est plutôt un acte réfléchi et en partie militant avec une autre vision de la mode. » Les modèles sont fabriqués dans un atelier d’insertion à Manosque dans les Alpes-de-Haute-Provence où Hanna Bréchignac a grandi. « J’aurais aimé travailler directement en région toulousaine, mais les compétences ont disparu : le secteur de la confection reste sinistré dans de nombreuses régions. »

La créatrice compte présenter une nouvelle collection en janvier 2016. « Cela ne sera ni une collection été, ni une collection hiver : je ne cherche pas à m’inscrire dans une saisonnalité, mais plutôt à créer des vêtements à porter en toute occasion. » Elle compte étoffer progressivement son offre avec des vêtements pour les hommes et les enfants, mais aussi en proposant à d’autres créateurs de distribuer commercialement leurs modèles. Elle espère vivre de Midi à ta porte d’ici un an et demi. Un business plan qui sera peut-être retardé par un heureux événement, une bébé qu’elle attend dans les prochains mois.

« Être passée par Sciences Po me permet d’aborder cette création d’entreprise différemment par rapport aux stylistes classiques et aux diplômés des écoles de commerce, ajoute-t-elle. J’ai une autre vision du marché, de la relation avec les clients. » Elle a retrouvé d’ailleurs quelques anciens élèves parmi ses acheteurs. « Me voir devenue créatrice de mode à 28 ans, ça les fait sourire, mais ça les fait aussi réfléchir sur leur propre parcours. »

* Une boutique éphémère est ouverte jusqu’au samedi 30 mai au 4 quai de la Daurade à Toulouse de 10h à 12h30 et de 14h à 19h. Les ventes privées sont annoncées sur le site Web de Midi à ta porte.

Conception & réalisation : Cereal Concept