Guillaume Leblanc : après l’Assemblée, il défend les majors du disque


Publié le 6{th} novembre 2013 dans "" | Rédigé par Baptiste Cordier

Photo Alice Fenwick
Photo Alice Fenwick

Guillaume Leblanc est directeur général du Syndicat national de l’édition phonographique depuis 2013.

Les professionnels du secteur culturel, Guillaume Leblanc en a croisé beaucoup à l’Assemblée nationale avant de devenir l’un d’eux. Assistant parlementaire pendant presque cinq ans, il est devenu à 29 ans directeur général du Syndicat national de l’édition phonographique, le lobby des principaux producteurs de disque.

À 20 ans, on ne s’imagine pas défenseur de l’industrie du disque. Guillaume Leblanc se voyait plutôt diplomate quand il est entré à Sciences Po Toulouse il y a maintenant dix ans. Originaire de Vannes, où il venait de faire une année en fac de droit, il avait tenté le concours d’entrée à l’IEP de Rennes. Mais c’est dans la ville rose mais aussi au concours commun d’Aix-en-Provence, Grenoble et Lyon qu’il est reçu. « Toulouse, je l’ai choisie au départ par pure commodité : j’avais un bon ami sur place qui pouvait m’héberger », se souvient-il. Depuis, il a apprécié la vie étudiante, notamment chez les Gorets. « Je suis resté en contact avec beaucoup. J’ai bien aimé cet esprit de promo, loin de l’anonymat en fac. Mon seul regret ? Ne pas avoir poursuivi le droit, en double cursus. La fac de l’Arsenal était pourtant juste en face de l’IEP ! »

Parcours
• Avril 1984 : Naissance à Vannes (Morbihan)
• 2003-2007 : Études à Sciences Po Toulouse, suivies d’un master « Presse et Communication économique et sociale » à l’université Paris-Dauphine
• 2007-2008 : Collaborateur bénévole de Bruno Le Maire, député de l’Eure
• 2008-2013 : Assistant parlementaire de Franck Riester, député-maire de Coulommiers (Seine-et-Marne)
• 2013 : Directeur général du Syndicat national de l’édition phonographique

Pour son année de mobilité, il s’envole à Sydney, en Australie. Pour découvrir le monde anglo-saxon et envisager pourquoi pas une carrière dans la diplomatie. Mais au consulat, il déchante vite face aux faibles marges de manœuvres de l’État français… « J’étais stagiaire aux affaires juridiques et sociales et, par manque de moyens, nous ne pouvions pas faire grand chose pour aider les Français en détresse à l’autre bout du monde. »

Finie la diplomatie donc, mais Guillaume Leblanc s’intéresse toujours à la sphère publique. Après l’IEP, il intègre l’université Paris-Dauphine, dans un master axé sur l’économie et la finance. Son stage de fin d’études dans un cabinet de lobbying l’ennuie, mais il profite de la vie parisienne. Son studio, certes modeste, se trouve dans les beaux quartiers de la capitale. Par hasard, il découvre que son voisin s’appelle Bruno Le Maire. L’ancien directeur de cabinet de Dominique de Villepin à Matignon, futur ministre de l’agriculture, vient d’être élu député de l’Eure, c’est une personnalité montante à l’UMP. Au culot, Guillaume Leblanc lui propose de l’aider bénévolement. Il lui fournit des notes, le suit dans ces déplacements, etc. « J’ai eu de la chance d’avoir un tel voisin, reconnaît-il aujourd’hui. Mais il faut savoir en profiter, mettre le pied dans la porte au bon moment. »

Quelques mois plus tard, Bruno Le Maire le recommande à un de ses collègues à l’Assemblée. En juillet 2008, Guillaume Leblanc devient ainsi l’assistant parlementaire de Franck Riester, député de Seine-et-Marne, fraîchement élu maire de Coulommiers. « Tout était à construire, se souvient-il : mon député était jeune, dynamique, ambitieux. C’était son premier mandat à l’Assemblée. » Franck Riester se spécialise dans les sujets culturels. Il devient le rapporteur de la loi Hadopi sur le piratage sur internet, votée en 2009. « Un sacré baptême du feu, raconte Guillaume Leblanc. C’était un sujet de niche, mais l’enjeu politique est vite devenu important. Le débat a été très passionné. L’occasion pour moi de beaucoup apprendre sur le fond mais aussi sur le fonctionnement du parlement. » Contrairement à beaucoup d’assistants, qui s’imaginent parfois prendre la place de l’élu pour lequel ils travaillent, il ne se voit pas pour autant faire carrière en politique. « J’ai des convictions politiques, je ne le cache pas, explique-il. Mais je ne suis pas encarté dans un parti. »

Toujours en crise, le disque continue de faire rêver les artistes
Même s’il a perdu la moitié de sa valeur en dix ans, le marché du disque représente toujours 600 millions d’euros de chiffre d’affaires et 2 000 salariés. « Le métier de producteur est souvent caricaturé, regrette Guillaume Leblanc. Nous devons faire preuve de pédagogie car si le rôle des maisons de disque reste méconnu, il demeure essentiel pour les artistes. Savez-vous par exemple que pour réaliser un album, il faut faire appel à une dizaine de métiers différents ? Et pour tous les artistes, produire un album reste LA consécration. » Pour lui, l’accompagnement des maisons de disque est plus que jamais nécessaire pour faire des artistes en herbe qui publient leurs chansons sur Internet les stars de demain.

Être assistant parlementaire suppose de travailler vite et efficacement. « Il faut avoir de la méthode, un sens politique, entretenir un réseau : on est le point d’entrée pour notre député. » Pendant quatre ans et demi, à l’Assemblée, Guillaume Leblanc prépare des notes, rencontre des professionnels, des associations et autres organismes concernés par les lois en préparation, fait office d’attaché de presse et gère l’agenda de son député. « Les tâches étaient diverses, je travaillais de manière autonome, Franck Riester m’a accordé sa confiance : ce premier job a été une expérience unique », témoigne-t-il.

Il faut suivre son élu même quand sa position tranche dans sa formation politique. Au début de cette année 2013, Franck Riester est l’un des rares de droite à se prononcer en faveur du Mariage pour tous, alors que le débat agite le parlement. Au même moment, Guillaume Leblanc est contacté par le directeur général du Syndicat national de l’édition phonographique, qui veut passer la main et a pensé à lui pour lui succéder. Le SNEP, c’est le syndicat professionnel des principales maisons disque, Sony, Universal et Warner, les trois Majors rejoints par quelques indépendants. À lui seul, ce lobby représente 80% du chiffre d’affaires du marché du disque en France. « Heureusement, mes anciens collègues de l’Assemblée ne me voient pas comme le méchant loup qui a franchi le Rubicon !, s’amuse l’ancien assistant devenu lobbyiste. Mon travail consiste à définir une position commune au sein de mon syndicat sur tous les sujets qui le concerne puis de rencontrer les pouvoirs publics pour faire entendre nos arguments. Quelques semaines après mon arrivée, Pierre Lescure rendait par exemple son rapport sur l’exception culturelle : nous avions des arguments à défendre. » Les bureaux du SNEP, non loin de La Défense près de Paris, sont forcément plus calmes que ceux de l’Assemblée nationale. Mais les journées de Guillaume Leblanc restent bien animées en cette année 2013 : il est devenu papa quelques jours avant d’entrer dans ses nouvelles fonctions.

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