Frédéric Marie : une bonne photo se prend en hauteur


Publié le 22{nd} juin 2015 dans "" | Rédigé par Baptiste Cordier

Photo Frédéric Marie
Photo Frédéric Marie

Frédéric Marie en mai dernier sous le téléphérique menant au pic du Midi.

Frédéric Marie est perché, au sens littéral du terme. Ce diplômé de Sciences Po Toulouse est devenu photographe indépendant : il suit des funambules évoluant en plein nature

Voici un photographe de presse qui échappe presque toujours aux meutes de journalistes. Car Frédéric Marie, diplômé de Sciences Po Toulouse en 2013, a choisi de suivre des sportifs de l’extrême, des funambules modernes. « Il y a quelques jours, je me suis retrouvé suspendu en rappel, à 300 mètres du sol, sous le téléphérique menant au pic du Midi, raconte-t-il. L’équipe Pyrénaline réalisait une traversée entre deux télécabines. Nous étions tous solidement assurés, mais il ne fallait pas avoir peur du vide. »

Parcours
• Juillet 1990 : Naissance à Toulouse (Haute-Garonne)
• 2008-2011 : Licence en histoire-géographie à l’université du Mirail
• 2011-2013 : Études à Sciences Po Toulouse
• Octobre 2014 : Documentaire « Sur les pas de Dieuzaide » avec l’équipe
• 2015 : Photographe indépendant

En entrant à Sciences Po Toulouse en 4e année, Frédéric Marie se dirigeait plutôt vers les relations internationales. Passionné de géopolitique, il se voyait travailler dans une ONG ou une ambassade. Mais ce natif de Toulouse passé par l’université du Mirail intègre le parcours journalisme. Il rédige quelques articles pour Univers-Cités, le magazine des étudiants, et devient correspondant pour La Dépêche du Midi. Et surtout, il se met à la photo. « J’ai tout de suite accroché, se souvient-il. Pendant la campagne présidentielle de 2012, j’ai couvert Futurapolis, un salon sur les nouvelles technologies organisé par Le Point, avec la venue de personnalités. Plusieurs photographes professionnels m’ont glissé quelques conseils : j’ai alors investi dans du matériel de qualité, qui permet de progresser rapidement. » Lors de l’un de ses stages de fin d’études, il travaille pendant un mois au côté du photographe de 20 Minutes. « La photo en presse quotidienne m’a appris la rigueur. Il fallait réussir à illustrer le beau temps comme des sujets plus sérieux. »

Collaborant à l’agence Abaca comme photographe freelance, Frédéric Marie commence à suivre Pyrénaline. En cet été 2013, l’équipe qui sillonne habituellement les Pyrénées part en Norvège pour battre le record du monde de saut pendulaire. « C’est de la balançoire pour alpinistes, explique Frédéric Marie. La chute est plus longue qu’en saut en élastique, car le sauteur suit une trajectoire pendulaire et non verticale. » Il suit ainsi l’équipe Pyrénaline pendant une semaine, avant de passer quelques jours dans une école de BASE jump, variante du saut en parachute réalisée depuis un point fixe telle une falaise. « Ces reportages m’ont permis de vendre mes premières photos et de réaliser ma première exposition. Dans la foulée, j’ai pu obtenir ma carte de presse comme indépendant. Mais ce reportage avec Pyrénaline a aussi dérivé en amitié : je les aide maintenant pour leur communication. »

Funambule place du Capitole

En mai 2014, l’équipe bat justement un nouveau record de saut pendulaire : une chute libre de plus de 425 mètres entre deux falaises en Espagne. Pour déployer quatre kilomètres de cordes, les Toulousains s’associent avec des Ukrainiens et des Espagnols. « J’ai du me former aux techniques d’escalade pour les suivre et être autonome dans mes prises de vues, précise Frédéric Marie. Si j’aime les voyages, la nature et la randonnée, je ne pratiquais pas l’escalade auparavant. Pour accéder au site du record, il fallait tous les matins descendre une falaise en rappel sur 40 mètres. » Ses photos seront publiées dans The Red Bulletin, le magazine de référence des sports en pleine nature édite par Red Bull. « C’est une thème de niche, mais peu de photographes font l’effort de suivre ce genre d’équipes. C’est pourtant l’occasion de réaliser des photographies qui sortent de l’ordinaire. »

Frédéric Marie devant le capitole
Frédéric Marie en octobre 2014 lors de la reproduction de la photo du mariage des funambules. Photo Michel Viala

La collaboration entre l’équipe et le photographe va même plus loin. En octobre dernier, ils ont réussi à reproduire la célèbre photo du toulousain Jean Dieuzaide, Le mariage du funambule. Ce cliché de 1954 où des mariés sont juchés sur un fil au-dessus de la place du Capitole a fait le tour du monde. « Il a fallu un an de travail pour lever des fonds et obtenir les autorisations nécessaires », détaille Frédéric Marie, qui a réalisé un documentaire racontant cette expérience. Une slackline de 30 mètres de long est installée à 13 mètres du sol : c’est une sangle élastique, version moderne du fil des funambules mais plus instable. « Avec les deux “mariés” sur le fil, je n’ai pas pu monter dessus comme Jean Dieuzaide l’avait fait, mais nous avons réussi notre pari en reproduisant presque à l’identique la photo. Le maire de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, était même présent pour suivre notre performance. »

Le vertige, c’est dans la tête

« C’est normal d’avoir peur du vide, confie Frédéric Marie. C’est une question de mental pour en faire abstraction. » Le vertige est une réaction à ce que notre cerveau voit : le sol est beaucoup plus loin que d’habitude. « Aucun funambule n’est fou et n’a envie de tomber. Tous ceux que j’ai suivi sont très pragmatiques, attachés à la sécurité : ils sont confiants dans leur matériel mais font mille vérifications avant de se lancer. »

Plus près du sol, Frédéric Marie couvre aussi l’actualité. Il a ainsi suivi la contestation du projet de barrage de Sivens pendant six mois. Il a réalisé un reportage pour Opérations spéciales, un magazine spécialisé sur la défense, consacrés aux alpinistes de l’armée.

Enfin, il alimente un blog de photographies sur le thème du voyage, destination-reportage.com. « Cela me permet de travailler avec des agences Web et des marques pour compléter mes revenus. Pour le moment, j’arrive à peine à vivre complètement de la photo. »

« Sciences Po Toulouse m’a apporté une culture généraliste qui permet de toucher à tout, souligne Frédéric Marie. Et c’est dans les TD pratiques que j’ai pu découvrir le monde de la presse où j’évolue désormais. » Au fait, qu’est-ce qu’une bonne photo ? « D’abord une photo publiée !, sourit-il. Une photo doit tout montrer en un coup d’oeil : il faut qu’il y a un maximum d’informations dans le cadre. En fait, elle est réussie quand elle arrive presque à se passer de la légende. »

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