Audrey Crespo-Mara : la journaliste qui ne se rêvait pas présentatrice


Publié le 7{th} mars 2013 dans "" | Rédigé par Baptiste Cordier

Photos Francois Darmigny
Photos Francois Darmigny

Depuis six ans, Audrey Crespo-Mara est présentatrice sur la chaîne d’information en continu LCI.

Audrey Crespo-Mara fait sans doute partie des diplômés les plus connus de Sciences Po Toulouse. Rentrée à l’IEP pour devenir journaliste, elle est devenue, après huit années de reportage, l’une des présentatrices vedettes de la chaîne LCI.

Même si vous ne l’avez jamais rencontrée, la tête de cette journaliste pétillante et souriante vous dit sans doute quelque chose. Car vous avez forcément aperçu le visage d’Audrey Crespo-Mara sur LCI ou à l’occasion d’émissions spéciales sur TF1.

Parcours
• Juillet 1976 : Naissance à Meaux (Seine-et-Marne)
• 1994-1997 : Études à Sciences Po Toulouse, suivies de deux années au Centre de formation des journalistes (CFJ) à Paris
• Mai 1999 : Journaliste à TF1
• 2007-2011 : Présentatrice de la matinale de LCI
• Depuis septembre 2011 : Présentatrice de « L’interview » du lundi au jeudi et de « Demain à la Une » le week-end

Et pourtant, cette blonde réservée de 36 ans jure qu’elle ne voulait pas passer devant la caméra. « Il a fallu qu’une amie journaliste me pousse pour que je m’inscrive au casting », se souvient-elle. En juin 2006, TF1 cherche un remplaçant pour présenter pendant l’été les journaux du week-end. La prestation d’Audrey retient l’attention : quelques mois plus tard, la voilà à l’antenne pour ses premiers journaux sur LCI, la chaîne d’information en continu du groupe TF1.

Dès la rentrée 2007, elle prend même les commandes de la matinale de LCI en duo avec le journaliste Jean-François Rabilloud. La tranche est phare, l’aventure est passionnante mais impose une vie monacale. « Pendant quatre ans, je me suis levée à 2 heures du matin… Loin de moi l’idée de me plaindre, mais je voulais voir grandir mes deux enfants, âgés à l’époque de 2 et 5 ans. Au bout de quatre ans, entre la matinale et une émission le week-end, j’étais épuisée ».

Audrey Crespo-Mara

En septembre 2011, changement de case et de discipline. Elle se recentre sur l’exercice de l’interview qui la passionne. « Ce métier est une chance, sourit-elle. Je suis payée pour me cultiver et rencontrer des personnalités exceptionnelles. À moi de les comprendre et de les faire découvrir aux téléspectateurs. » Du lundi au jeudi, en fin de matinée, elle interview la personnalité du jour qui hiérarchise les titres de l’actualité. La veille de notre entretien, c’était la mère de Florence Cassez qu’elle recevait, juste avant le retour de sa fille en France, après sept ans de prison au Mexique. Depuis quatre ans, en parallèle de la matinale puis de cette interview chaque jour, Audrey Crespo-Mara présente aussi « Demain à la Une », un long entretien avec de grande figures de notre époques diffusé le week-end. « LCI a une belle image, ce qui nous permet de recevoir des invités prestigieux comme Simone Veil ou Salman Rushdie », confie-t-elle. Chaque interview demande beaucoup de préparation, mais ça n’a jamais posé problème à cette travailleuse acharnée. « Tout savoir de l’invité me permet ensuite d’avoir la liberté de lui poser toutes les questions que je veux ! ».

Bosser, Audrey Crespo-Mara l’a déjà beaucoup fait lors de son passage par Sciences Po Toulouse. Originaire de Seine-et-Marne, elle y est entrée directement après le bac. « J’avais tenté le concours des IEP de Paris et de Toulouse car la ville rose m’attirait, raconte-t-elle. J’adore Paris, mais Toulouse était pour moi une ville désirable ! J’ai aimé m’y promener, j’ai béni son soleil et son vent d’autan avec ces automnes n’en sont pas vraiment ! Pas de ciel gris en novembre, cela relève du miracle pour moi “la fille du Nord” ! ». À l’IEP, les cours de l’historien Jean Rives et ceux de l’économiste Bernard Maris l’ont particulièrement marquée. « Tous ces enseignements m’ont nourrie et structurée. »

Sur les pas de Françoise Giroud et Denise Glaser
C’est depuis l’adolescence qu’Audrey Crespo-Mara veut être journaliste. « Je ne me souviens pas d’un déclic en particulier, mais mes parents aimaient lire les journaux et regardaient le journal télévisé et des documentaires. » Ses modèles ? Françoise Giroud, la fondatrice de L’Express, qui « ne lâchait rien ! », et Denise Glaser, intervieweuse hors-pair dans Discorama. « Elle avait un ton bien à elle. Elle savait mettre les artistes en confiance, c’est la recette pour obtenir leurs confidences. »

Même si elle vit à l’époque en colocation avec une autre IEPienne, toujours une amie quinze ans après, elle profitera peu des fêtes étudiantes. Car elle prépare en parallèle les concours des écoles de journalisme, allant jusqu’à dévorer Le Monde trois heures par jour. Elle ne choisit pas la facilité : le CFJ à Paris et l’ESJ à Lille sont aussi prestigieux que leurs concours ultra-sélectifs. Audrey Crespo-Mara sera reçue dans les deux écoles, s’offrant le luxe de choisir la première pour se rapprocher des siens.

En 1999, tout juste diplômée, elle rejoint le groupe TF1. Pendant huit ans, elle réalise des reportages pour le journal de 20 heures, « la grande messe », le journal le plus regardé d’Europe. En décembre 2006, elle suit par exemple la lutte des enfants de Don Quichotte : des tentes rouges sont installées le long du canal Saint-Martin pour faire connaître les conditions de vie des SDF. « Passer du temps avec les exclus m’a donné l’illusion d’être utile, explique-t-elle. Je suis restée en contact plusieurs années avec certains d’entre eux, des gens brisés dès l’enfance la plupart du temps. Ma passion de l’interview date de là… »

Son avenir, elle ne le conçoit pas autrement que comme journaliste. Elle assure se sentir très bien à LCI, même si une autre chaîne pourrait à tout moment la courtiser. « Mais aller sur une chaîne plus exposée juste pour être vue davantage ne serait pas une bonne raison pour partir », tranche-t-elle. Elle regrette de voir certaines journalistes réduites à lire des prompteurs. « Sois belle et tais-toi », très peu pour elle. Car il lui reste encore quelques questions à poser à ses invités.

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